Santé mentale des aînés : ce qui change, ce qui compte

Temps de lecture : 4 min

Longtemps reléguée au second plan, la santé mentale des aînés est aujourd’hui reconnue comme un enjeu de santé publique majeur. Et pour cause : en avançant en âge, on cumule parfois des fragilités – perte d’autonomie, douleurs, isolement. Mais les mentalités évoluent, et les réponses aussi.

Depuis 2025, la santé mentale est proclamée Grande Cause nationale. Ce choix reflète une réalité forte : les troubles psychiques sont le premier poste de dépenses de l’Assurance Maladie, devant les cancers et les maladies cardiovasculaires. Et les personnes âgées, longtemps invisibles dans ce débat, en sont souvent les premières concernées.

Vieillir ne rend pas fou, ni triste, par nature

On l’oublie souvent, mais le vieillissement n’est pas en soi un facteur de troubles mentaux. Ce sont les circonstances – deuils, solitude, douleurs, troubles sensoriels non corrigés – qui pèsent sur l’équilibre psychique.

À rebours des idées reçues :

• la démence n’est pas une fatalité ;

• la dépression n’est ni normale, ni bénigne ;

• et le taux de suicide chez les plus de 85 ans est le plus élevé de toutes les classes d’âge en France.

Un regard en transformation

Pendant longtemps, on a surtout médicalisé la question : hospitalisations, traitements, institutions… Mais ce modèle évolue. Aujourd’hui, la santé mentale est pleinement intégrée dans les politiques du “bien vieillir”.

La psychogériatrie s’est imposée comme une discipline à part entière. Et les approches non-médicamenteuses – art-thérapie, ateliers mémoire, médiation animale – prennent leur place, aux côtés des liens sociaux, de l’écoute et du sens donné à la vie.

Agir : prévenir, relier, accompagner

On soigne bien sûr avec des traitements, mais on prévient surtout avec du lien, du sens, et de la présence. Être stimulé, reconnu, entouré : cela fait aussi partie des soins. Des activités simples – marcher, jardiner, chanter, créer – peuvent apporter du mieux-être durable. Et l’échange avec d’autres, qu’il s’agisse de professionnels ou de pairs-aidants, rompt l’isolement bien plus qu’on ne l’imagine.

Une responsabilité partagée

Les familles, les professionnels, les collectivités locales ont chacun un rôle. Et ce sont souvent les gestes les plus simples qui ont le plus d’impact : un lieu d’accueil chaleureux, une visite régulière, un atelier partagé…

Les maires et élus de terrain peuvent être des acteurs puissants du lien social, en encourageant les espaces intergénérationnels, la culture de proximité, ou les ponts entre générations.

Vieillir, c’est encore vivre

Non, ce n’est pas “normal” d’être déprimé quand on vieillit. Ce n’est pas “dans la tête”. C’est souvent dans le corps, dans l’environnement, dans ce qui ne se dit pas. Et cela mérite une écoute sincère et une réponse collective.

Car vieillir, c’est aussi continuer à ressentir, à apprendre, à créer. Et cela doit pouvoir se faire dans la dignité, la sécurité, mais aussi la joie et la liberté.

Les mots redonnent vie aux personnes

« Mal nommer les choses, c’est ajouter du malheur au monde. »

Un collectif de professionnels agit pour faire évoluer le langage autour de la vieillesse. Car les mots façonnent les regards. Dire “personne grabataire” ou “personne Alzheimer”, c’est réduire l’individu à sa pathologie.

Aujourd’hui, on préfère parler de personne vivant avec la maladie d’Alzheimer, ou de lieux de vie pour personnes âgées, plutôt que d’Ehpad ou de “prise en charge”. Changer les mots, c’est rendre de la dignité et de la nuance aux vies qu’ils désignent.

Les mots redonnent vie aux personnes

« Mal nommer les choses, c’est ajouter du malheur au monde. »
Un collectif de professionnels agit pour faire évoluer le langage autour de la vieillesse. Car les mots façonnent les regards. Dire “personne grabataire” ou “personne Alzheimer”, c’est réduire l’individu à sa pathologie.

Aujourd’hui, on préfère parler de personne vivant avec la maladie d’Alzheimer, ou de lieux de vie pour personnes âgées, plutôt que d’Ehpad ou de “prise en charge”. Changer les mots, c’est rendre de la dignité et de la nuance aux vies qu’ils désignent.

Audition et santé mentale : un lien essentiel

Une étude publiée dans The Lancet (2020) montre que la perte auditive est le premier facteur de risque modifiable de démence. La corriger permettrait de réduire jusqu’à 8% le risque de déclin cognitif.

D’autres travaux, issus de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) confirment que les personnes appareillées préservent mieux leurs capacités cognitives et leur qualité de vie. Au-delà du confort, il s’agit d’une prévention active du repli, de l’isolement et du mal-être.

Entendre, c’est rester en lien. Corriger une perte auditive, c’est ouvrir la porte à une vie sociale, affective et mentale plus riche, même en avançant en âge.