L'inassurabilité des personnes : construire des protections pour tous

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Face aux nouvelles vulnérabilités, c’est tout l’écosystème de la protection qui doit se réinventer pour que plus personne ne reste sans solution.

Inassurabilité des personnes : quand le risque devient une frontière sociale

Vieillir, tomber malade, changer de métier, traverser un moment de fragilité… autant de réalités de vie qui ne devraient jamais signifier perdre le droit d’être protégé. Pourtant, de plus en plus de personnes peinent à accéder à une couverture adaptée, faute d’éligibilité ou de moyens. Plutôt que d’y voir une fatalité, certains acteurs du secteur de l’assurance, dont les mutuelles, tentent de repenser leurs façons de protéger : plus souple, plus inclusives, plus humaines.

Des vulnérabilités qui s’accroissent…mais aussi des élans nouveaux

Le vieillissement de la population, la progression des maladies chroniques, l’allongement de la vie active ou encore les parcours professionnels discontinus complexifient le paysage de la protection. En France, 21,5 % de la population a plus de 65 ans et cette part atteindra un quart d’ici 2030 (INSEE). Les maladies chroniques concernent déjà près de 40 % des adultes (DREES, 2022). Mais dans le même temps, sous l’impulsion du tissu associatif, des mutuelles, des acteurs de l’économie sociale et solidaire et de certaines collectivités, de nouvelles réponses émergent : programmes de prévention, accompagnements personnalisés, coopérations entre acteurs publics et citoyens. Ces initiatives visent à rétablir le droit à la protection, au-delà des statuts ou des revenus.

Une solidarité à réinventer

L’inassurabilité des personnes résulte notamment d’un désajustement entre les modèles historiques et les réalités contemporaines : les vies s’allongent, les parcours se diversifient, mais nos contrats restent souvent pensés pour des trajectoires linéaires. La santé devient plus prévisible grâce à la recherche, mais les couvertures ne s’adaptent pas toujours à ces progrès ; la mobilité professionnelle s’accroît, mais les droits ne suivent pas les individus. Ces transformations mettent en lumière les tensions d’un système pensé pour des risques stables et prévisibles. Elles invitent à le faire évoluer pour mieux répondre à la diversité des parcours de vie, en s’appuyant sur la confiance, la prévention et la justice sociale.

Chiffres clés :
21,5% de la population française a plus de 65 ans (INSEE, 2024)

40% des adultes vivent avec une maladie chronique (DREES, 2022)

10% des Français renoncent à une complémentaire santé pour raisons financières (DREES)

« L’assurabilité est un équilibre complexe : elle repose sur des facteurs sans cesse en mouvement »

3 visages de l’inassurabilité des personnes

Technique : refus de couverture pour cause de risques aggravés (maladie, âge, profession) ;

Économique : prime trop élevée pour le revenu ;

Sociale : absence d’information ou d’accompagnement.

L’âge, la maladie, la précarité : mieux comprendre pour mieux couvrir

À mesure que la vie s’allonge, les parcours deviennent plus fragiles. Anticiper la perte d’autonomie, comprendre ses droits, accéder à une couverture adaptée : autant de défis que rencontrent encore de nombreuses personnes âgées ou malades. Les travailleurs indépendants, eux, naviguent souvent entre des régimes discontinus, rendant plus difficile la continuité de leur protection. Mais les lignes bougent : le droit à l’oubli a été étendu pour certains anciens malades du cancer, la convention AERAS facilite l’accès à l’assurance emprunteur, et la Complémentaire santé solidaire permet à plus de 6 millions de personnes d’être couvertes. Ces avancées montrent qu’il est possible d’élargir le champ de la protection en combinant volonté politique, innovation et solidarité.

L’innovation sociale au service de la protection

De nouveaux leviers émergent pour rendre la couverture plus équitable : le développement d’offres modulables qui évoluent avec les parcours de vie ; la complémentarité entre ces dernières ; l’intégration de services d’accompagnement pour aider les personnes à mieux vivre la maladie ou la dépendance ; le renforcement de la prévention afin de retarder ou réduire les situations de perte d’autonomie. Au-delà de la logique contractuelle, les mutuelles, les organismes solidaires et les acteurs publics peuvent devenir de véritables forces de transformation sociale. En s’appuyant sur la donnée de manière éthique, en coopérant avec les pouvoirs publics, en soutenant les aidants ou en encourageant les comportements favorables à la santé, ils contribuent à recréer un cercle vertueux : prévenir, inclure, protéger.

Un défi de conscience collective

Mais pour que ces initiatives changent réellement la donne, une réflexion plus large doit s’engager. L’enjeu n’est pas seulement de multiplier les dispositifs, mais de repenser en profondeur notre manière de concevoir la protection. Tant que la solidarité reposera pour beaucoup sur l’engagement des associations et des aidants de terrain, elle restera fragile et inégale.

La prise de conscience doit devenir collective : celle des pouvoirs publics, des entreprises, des assureurs, des mutualistes, mais aussi des citoyens eux-mêmes. 

Il s’agit d’assumer, ensemble, la responsabilité de rendre la protection accessible à tous, de dépasser la seule logique assurantielle pour aller vers une logique d’inclusion.

Reconnaître que certaines vulnérabilités ne peuvent plus être traitées à la marge, mais doivent inspirer de nouveaux équilibres entre prévention, accompagnement et couverture.

C’est à cette condition que l’inassurabilité cessera d’être un constat, pour devenir un levier de transformation sociale.

Face aux nouvelles vulnérabilités, la protection ne peut plus être un réflexe individuel : elle doit redevenir un projet commun.