Attention au syndrome de glissement !

Avez-vous déjà entendu parler du « syndrome de glissement » ? Apparu en 1956*, ce concept gériatrique est utilisé pour expliquer certains processus de fin de vie sans cause apparente. Il doit cependant être manié avec précautions pour ne pas ignorer une dépression, une apathie ou un délire chez la personne âgée. Ainsi, si vous remarquez chez votre proche une sorte de renoncement, c’est qu’il souffre peut-être du « syndrome de glissement ».

En quoi consiste le syndrome de glissement ?

Le syndrome de glissement se caractérise par une altération majeure de l’état général de la personne âgée, avec déshydratation, dénutrition, ainsi que les troubles biologiques et somatiques en rapport (rétention urinaire, constipation majeure). Résultat : la personne autrefois plutôt autonome n’a plus goût à rien. Elle refuse de se lever, de s’alimenter, de boire, de communiquer. Si elle en a encore la volonté et les capacités, elle demande qu’on la laisse tranquille. À cela s’ajoutent d’importantes angoisses, dont la peur de se retrouver seul. Petit à petit, à force de ne pas bouger, de mal s’alimenter, de ne pas se soigner, la personne maigrit et s’affaiblit.

Quand survient-il ?

Le syndrome de glissement touche les âgées (plus de 65 ans), voire très âgées, aux lourds antécédents médicaux ou alors lorsque leur état psychologique, déjà précaire, a été fragilisé par un épisode traumatique récent (chute grave ou hospitalisation, décès du conjoint).
Après une chute ou une maladie, toute personne âgée doit être surveillée, même si elle semble aller bien. En effet, le syndrome de glissement peut s’installer quelques jours plus tard.
D’autres évènements doivent vous pousser à être attentif au comportement de votre aîné : perte d’un proche, éloignement d’un membre de la famille, interruption soudaine et involontaire d’une activité longtemps pratiquée…
Le placement de la personne âgée dans un Ehpad peut aussi conduire au syndrome de glissement. La perte de contrôle sur sa vie, le sentiment d’inutilité, l’isolement induit parfois par l’absence totale ou partielle de liens familiaux vont générer un grand désespoir. Celui-ci conduit la personne âgée à renoncer à la vie et à se laisser « glisser ».

Quelles sont les conséquences d’un syndrome de glissement ?

Dans la majorité des cas, le syndrome de glissement est fatal à la personne âgée. D’autant plus que souvent, les proches ne se rendent pas tout de suite compte de la situation et hésitent à alerter les soignants. Gardez bien en tête que la personne âgée ne signalera pas son état d’elle-même car elle est dans le refus du soin. Le syndrome de glissement est une forme de suicide inconscient.
Si la personne âgée ne décède pas, elle peut garder une dépendance, même après guérison. Déjà fragile, elle ne parvient pas à récupérer après un alitement prolongé. Elle a perdu en masse musculaire et ses déplacements et ses activités sont compliqués et pénibles. Elle peut alors rechuter ou développer une dépression détachée d’un syndrome de glissement.
Pris en charge rapidement, le syndrome de glissement peut aussi devenir un mauvais souvenir rapidement.

Comment soigner une personne âgée atteinte d’un syndrome de glissement ?

Si après un choc vous reconnaissez un syndrome de glissement chez votre proche, vous devez en premier lieu alerter le médecin traitant, SOS médecin ou les secours. Dans la majorité des cas, elle sera hospitalisée pour une prise en charge globale. L’hospitalisation permet en effet de réaliser différents examens afin d’affirmer le diagnostic, mais également de surveiller l’état général de la personne. Elle sera tout d’abord réalimenter et réhydrater, soigner (infections, escarres) et traiter (sphère urinaire et sphinctérienne). Afin qu’elle guérisse totalement, il faudra aussi la rééduquer à l’effort, notamment si elle est cardiaque. Enfin, il est essentiel de veiller à son rétablissement psychologique, la dépression étant un symptôme majeur du syndrome de glissement.

* La notion de syndrome de glissement a été introduite par le Dr Jean Carrié à l’occasion de sa thèse d’exercice sur les modes de décès des vieillards à l’hospice.

Cet article en synthèse

  • Le syndrome de glissement se caractérise par une altération majeure de l’état général avec déshydratation, dénutrition ainsi que les troubles biologiques et somatiques en rapport.
  • Le syndrome de glissement apparaît typiquement chez une personne dont l’état psychologique a été fragilisé par un épisode traumatique récent (chute grave, hospitalisation, décès du conjoint…).
  • Si vous reconnaissez un syndrome de glissement chez votre proche, contactez un médecin. S’il est confirmé, votre proche sera hospitalisé pour une prise en charge globale.

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