Homosexualité en Ehpad : un amour contrarié

Il n’est pas facile de vivre au grand jour ses amours homosexuelles dans les maisons de retraite, avec la crainte d’être moqué, jugé, stigmatisé. En France, un projet inédit de maison pour les seniors LGBT* est sur les rails.

Dans les maisons de retraite, les histoires d’amour entre les résidents âgés sont difficilement tolérées. La sexualité des seniors serait même taboue dans beaucoup d’établissements. Et quand il s’agit de couples gays ou lesbiens, c’est encore pire.

Les relations homosexuelles en Ehpad se heurtent à la stigmatisation des personnels et des autres résidents. Résultats, les seniors LGBT sont souvent contraints de se cacher ou taire leur passé. La question de l’accueil en maison de retraite des personnes LGBT est pourtant un enjeu de société. Selon un rapport de 2013 du ministère déléguée aux personnes âgées, il y a en France plus d’un million de seniors LGBT.

Dans son enquête « L’homosexualité, interdite de séjour dans les Ehpad » parue dans Le Monde en mars 2019, le journaliste Victor Castanet donne la parole à Stéphane Sauvé, 47 ans. Cet ancien directeur d’Ehpad en région parisienne constate que les maisons de retraite sont, pour les gays et les lesbiennes, des lieux extrêmement hostiles. Il raconte, anecdotes à l’appui, une pression psychologique sournoise, la peur des représailles et du jugement : « Je me rappelle une lesbienne de 80 ans environ. À chaque fois que ses copines venaient lui rendre visite, c’était la cour de récré. J’entendais les messes basses des autres résidents, les moqueries. On la montrait du doigt. Et l’après-midi, lorsqu’on lançait une animation danse et qu’il n’y avait pas assez d’hommes, aucune femme ne voulait danser avec elle. Alors, elle restait seule dans son coin. »

Cette mise à l’écart peut avoir des conséquences psychologiques dramatiques pour celles et ceux qui osent vivre leur amour au grand jour. Certains se replient, parlent moins, dépriment.

Bientôt une maison de retraite LGBT

Dans les politiques publiques comme dans les procédures d’accompagnement des Ehpad, dans l’esprit des familles comme celui des autres résidents, les seniors LGBT n’existent pas. Ils sont invisibles. Les personnels des Ehpad ont également besoin d’être mieux sensibilisés à leur accueil.

Aux États-Unis, au Canada ou encore en Suède, des structures privées pour résidents homosexuels, bisexuels et transgenres existent depuis plusieurs années. À Berlin, un troisième Ehpad « gay friendly » est prévu pour 2022. La demande des personnes âgées concernées est forte. Dans son enquête pour Le Monde, Victor Castanet explique ainsi que « en Californie, le dernier concept de résidence LGBT fait face à une liste d’attente de près de 2 000 personnes ».

Et en France alors ? Nous sommes indéniablement en retard. Il n’existe aucune structure dédiée dans l’Hexagone. Pour le moment, tout du moins. Stéphane Sauvé travaille sur une initiative inédite avec la création de la Maison de la Diversité, à Paris. Cette résidence services seniors visera à lutter contre l’isolement social renforcé des seniors LGBT. « La Maison de la Diversité est un lieu et un mode de vie choisis, destiné principalement aux seniors LGBT autonomes ou fragilisés, ancré au cœur de la cité, ouvert à la vie de quartier, dans un environnement sécurisant, exempt de LGBT-phobies, dans lequel les personnes LGBT vieillissantes n’ont plus peur d’être jugées, discriminées ou stigmatisées en raison de leur orientation sexuelle ou leur identité de genre », lit-on sur le site de l’association Rainbold Society, qui porte le projet. La maison de la Diversité pourrait ouvrir ses portes en 2021 ou en 2022.

* Personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et trans (LGBT)
Sources : https://rainbold.fr/ « Le vieillissement des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transsexuelles (LGBT) et des personnes vivants avec le VIH (PVVIH) ». Novembre 2013

Cet article en synthèse

  • Les relations homosexuelles peinent à se vivre librement dans les Ehpad français.
  • Trop souvent, les seniors LGBT ont peur d’être stigmatisés par les personnels et les autres résidents.
  • En France, une maison de retraite pour seniors LGBT devrait ouvrir à Paris en 2021 ou 2022.

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