Prévenir le risque de suicide des personnes âgées au domicile

Le suicide des personnes âgées est trop rarement évoqué. Pourtant, les plus de 65 ans représentent près d’un tiers des suicides en France. Les risques de suicide et de dépression chez les seniors sont donc bien réels.

La dépression, principale cause des suicides

Le suicide est responsable de 2 721 décès par an chez les plus de 65 ans et dans 70 %(1) des cas, il a lieu à domicile. Deux raisons essentielles prédominent au passage à l’acte :

  • la détermination des personnes âgées qui utilisent des moyens radicaux pour mettre un terme à leur vie : on compte en moyenne 1 suicide réussi pour trois tentatives chez les femmes de 65 ans, contre 1 suicide pour 160 tentatives pour les jeunes de 20 ans ;
  • la dépression : 70 % des personnes âgées faisant une tentative de suicide présentent une dépression. Or, dans 60 à 70 % des cas, les symptômes dépressifs ne sont pas diagnostiqués ou négligés.

 

70% des personnes âgées faisant une tentative de suicide présentent une dépression

Les facteurs de risque de la dépression

Différents facteurs creusent le nid de la dépression chez les personnes âgées.

  • Le deuil : la perte de l’époux ou de l’épouse, mais également celle d’amis proches ou de frères/sœurs ainsi que parfois, le deuil d’un enfant.
  • L’absence de relations sociales : des enfants ou petits-enfants éloignés géographiquement privent les personnes âgées de relations familiales. Par ailleurs, elles sortent moins et peuvent avoir des difficultés à nouer des relations.
  • Le poids des événements de la vie : des choses douloureuses du passé peuvent continuer à hanter les personnes âgées. Le passage à la retraite, un déménagement pour un domicile plus petit… ont aussi des conséquences sur le moral.
  • La perte d’autonomie et les problèmes de santé : avec l’âge, les pathologies et les douleurs augmentent. Les personnes âgées peuvent avoir des difficultés à se déplacer à cause de l’arthrose ou de problèmes cardiaques.
  • Le manque d’estime de soi.
  • Les problèmes financiers : la retraite peut entraîner une baisse des revenus conséquente. Devoir maîtriser ses dépenses et ne pas savoir comment finir le mois est source de tristesse et d’angoisse.

Les symptômes de la dépression

Vous ne savez pas si votre proche est dépressif et risque de faire une tentative de suicide ? Plusieurs symptômes doivent alors vous alerter.

  • L’anxiété.
  • Le pessimisme : souvent en lien avec l’anxiété, votre proche voit ses difficultés plutôt que les aspects positifs de sa vie. Il envisage le pire.
  • La dévalorisation : il manque de confiance en lui et n’est pas bienveillant avec lui-même.
  • La perte du plaisir : votre proche prend moins de plaisir à déguster sa pâtisserie préférée, à voir les membres de sa famille, à imaginer ses prochaines vacances…
  • L’apparition de troubles neurovégétatifs et un ralentissement psychomoteur : il n’a plus d’appétit et perd du poids, a des troubles du sommeil, est moins vif d’esprit et moins dynamique.
  • Le repli : il s’isole, ne prend plus la peine de vous téléphoner ou d’aller saluer sa voisine.
  • L’impression d’être inutile : celle-ci s’accompagne d’une sensation de vide intérieur.
  • Les angoisses matinales : les angoisses sont plus fortes le matin et diminuent au cours de la journée.
  • Les troubles de la mémoire : votre proche ne s’intéresse plus à ce qui l’entoure. Du coup, il ne prend pas la peine d’écouter et de retenir ce qu’il a entendu. Ces troubles sont sans rapport avec une démence ou avec la maladie d’Alzheimer.
  • L’entrée en dépendance : il n’est plus capable de sortir seul, de faire ses courses ou même de se laver.

Des gestes qui peuvent aider

Dès l’apparition d’un ou plusieurs de ces symptômes chez votre proche, prévenez son médecin traitant qui évaluera la situation. S’il le juge nécessaire, il prescrira des antidépresseurs ou un traitement à base de médecine douce (phytothérapie, luminothérapie…). Un suivi par un(e) psychologue ou un(e) psychiatre pourra également être proposé. De votre côté, vous pouvez soutenir votre proche.

De votre côté, vous pouvez soutenir votre proche.

  • En l’aidant à conserver une vie sociale : rendez-lui visite et organisez des repas de famille. Emmenez-le faire des courses ou boire un café à l’extérieur : le fait de ne pas être chez soi peut être bénéfique. Vous pouvez également l’inciter à se rendre dans un club d’activités ou à des sorties pour personnes âgées, proposées par certaines villes ou par des organismes privés.
  • En le revalorisant : pratiquez avec lui des activités pour lesquelles il est doué et complimentez-le. Par exemple, demandez-lui la recette de sa délicieuse tarte au citron ou de l’aide pour réparer votre aspirateur…
  • En l’écoutant ou en le rapprochant d’une personne à qui il/elle pourra se confier. C’est parfois plus facile de livrer ses pensées intimes à une personne extérieure au cercle familial.

Enfin, pensez à vous : vous ne pourrez pas aider votre proche s’il vous sent épuisé. Pour lui réapprendre comment prendre soin de lui et être épanoui, soyez-le vous-même ! Continuez à voir votre famille, vos amis et à pratiquer les activités qui vous plaisent : ce sont autant d’éléments moteurs que vous pourrez lui communiquer.

(1) La gestion des situations de crises suicidaires - Chapitre 4 – Haute autorité de santé.

Cet article en synthèse

  • Les risques de suicide et de dépression chez les personnes âgées à domicile sont réels.
  • 70 % des personnes âgées faisant une tentative de suicide présentent une dépression.
  • Anxiété, pessimisme, dévalorisation de soi… plusieurs symptômes évoquent la dépression. Dès leur apparition, prévenez le médecin traitant et redoublez d’attentions pour votre proche.

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